Vitrine de Pierre-Lin Renié
Exposition du 2 au 28 mai 2012
installation sur les vitrines
Avec le développement de la publicité, les mots envahissent l’espace urbain dès la seconde moitié du XIXe siècle. En 1871, Rimbaud compose Paris, un poème dont chaque mot a été tout d’abord lu et recueilli sur les murs de la ville. Aujourd’hui, les rues sont saturées de mots et d’images, qui nous frappent au hasard de nos parcours.
Vitrine (détail), 2012 © Pierre-Lin Renié
Depuis 2004, date à laquelle j’ai repris une pratique artistique, l’un des sujets récurrents que je photographie est le mot inscrit dans l’espace public. Je les enregistre précisément, de manière descriptive – une constante dans mon travail. Ils valent tous pour eux-mêmes, apparaissant usés par les habitudes de la communication et leur ressassement, et en même temps revitalisés, car délestés de leur contexte publicitaire ou informatif, qui tend à les vider de leur pluralité de sens. Leur usure matérielle est également visible, leur support étant souvent rayé, taché, ou couvert de poussières.
Pour la vitrine du local temporaire d’image/imatge, je propose un assemblage de 36 de ces images de mots, chacune isolée des autres par une bordure de couleur. L’ensemble renvoie dans sa forme aux poèmes et montages typographiques des avant-gardes de l’entre-deux guerres, ou aux productions de la poésie concrète. Pour autant, il est composé d’images actuelles, précises, à caractère documentaire. Elles convoquent différents registres d’inscriptions urbaines : publicité, communication institutionnelle, et graffiti, assemblés sans hiérarchie entre eux. Elles montrent des signes de notre temps – de ses inquiétudes, de ses contestations, de ses espoirs, ou de ses désirs. Elles témoignent aussi de la variété des méthodes et supports employés aujourd’hui dans la communication graphique, qui, par l’essor des technologies numériques, a bouleversé en quelques années la physionomie des rues. L’assemblage construit un paysage urbain, comme le concentré d’une marche de plusieurs heures dans une ville qui n’existe pas, mais qui rappelle toutes celles que nous connaissons.
Pierre-Lin Renié,
8 mars 2012.
// 27/04/2012