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Je voudrais encore travailler

Expositions de Je voudrais encore travailler à image/imatge

Je voudrais encore travailler

Exposition du 18 octobre au 9 novembre 2002. Rencontres photographiques 2001. Divers lieux d'Orthez et ESAC de Pau..

Ludovic Burel & Regular, Marina Chabrol, William Guerreri, Clarisse Hahn, Marie-Francine Le Jalu, Serge Lhermitte, Régis Perray, Noëlle Pujol, Michel Séméniako, Laurent Tixador.

Ludovic Burel & Regular
nés en 1968 et 1966, vivent et travaillent à Paris.
Todesfalle Arbeitsplatz, 2001, affiches sérigraphiées, 176 x 120 cm
 A girl and a machine, 2001, diaporama
 
Dans le monde de production industrielle dominant jusqu’au début des années 70, il s’agissait avant tout d’expérimenter la puissance de reproduction à l’identique des machines et des hommes. Ludovic Burel & Regular pointent les dangers inhérents à ce type de production au moyen d’une affiche où un ouvrier apparaît les deux mains broyées par une presse offset. Ils présentent, en contrepoint, un diaporama dans lequel des mains de femmes commandent aux machines de “l’ère de la communication” de saisir, relier, copier, faxer - initialement tenue à l’écart de la création de la valeur économique, la femme se trouve aujourd’hui au centre du processus de production de savoirs, de langages et d’affects.
Marina Chabrol
née en 1976, vit et travaille à Paris
Drh, Dircom & Cie
, 2001
impressions numériques lambda, 53 x 80 cm

Au cours d’une année passée au sein d’une Start -up, Marina Chabrol a réalisé des portraits de responsables de l’entreprise, dans la situation qui pouvait apparaître comme la moins représentative de leur activité (les moments de repos sur le canapé prévu à cet effet) qui se révèle en fait particulièrement adaptée à une réflexion sur le rythme de travail dans la société contemporaine, les nuits blanches pour tenir les deadlines pour la réalisation des projets devenant chose courante. Le cadre est chaque fois identique mais la confiance et la curiosité des modèles s’installant, la série évolue de clichés pris à l’insu des individus vers des images issues de séances de pose, abordant ainsi différents registres de la représentation de soi au travail.
William Guerreri
né en 1952, vit et travaille à Modene (Italie)
Oppositions, 1997-1999
C-print, 51 x 42 cm

Les diptyques de William Guerrieri confrontent une photographie extraite d’archives de la vie politique, culturelle ou sociale et une image couleur représentant des espaces de vie ou de passage, vidés de toute présence humaine (hall d’accueil, couloir, cafétéria, etc.). Dans ces dernières, qui ne sont pas sans rappeler une certaine photographie structuraliste, l’accent est mis sur la sérialité des objets qui composent le décor et la stricte fonctionnalité qui les caractérise. Par la qualité fragmentaire, la précarité formelle et l’indétermination des images, l’artiste a tenté une analyse historique des années 70 et particulièrement de la transformation des modèles culturels et politiques qui s’y est amorcée. Le passage de la société fordiste à celle que nous connaissons aujourd’hui se caractérise par la transformation du travail salarié et du poste fixe, qui faisait de l’usine l’objet central de la vie publique au travail autonome basé en bonne partie sur la précarité et la temporanéité des rapports contractuels, l’individualisme et une compétitivité sans précédent.
Clarisse Hahn
née en 1973, vit et travaille à Paris
Hôpital, 1999
vidéo 56’

Quelles habitudes prend-on lorsqu’on est confronté quotidiennement à des situations extrêmes ? Dans la vidéo ” Hôpital ” (56 mn) on voit un personnel soignant qui travaille sur des corps en situation de souffrance ou de déchéance. La gestion de ces états limites devient l’élément structurant de la vie de tous les jours. Le fait de se concentrer sur des gestes techniques permet de maintenir les corps à distance. L’utilisation d’un vocabulaire spécialisé balise le champ et vient aplanir l’aspect émotionnel de certaines situations. L’humour noir est l’un des traits les plus caractéristiques des codes décalés qui se développent dans le monde clos de l’hôpital. Une nouvelle hiérarchie se crée, où se radicalise la relation de l’actif et du passif.
Marie-Francine Le Jalu
née en 1965, vit et travaille à Montreuil
J’en voulais pas, 1999-2001
vidéo

Marie Francine Le Jalu s’attache à cerner des phénomènes de société à travers des tranches de vie d’individus considérés dans leur singularité. La vidéo J’en voulais pas constitue selon les termes de l’artiste “un objet mental au sens où [elle] fonctionne sur la base de rapprochements qu’il revient au spectateur de penser”. Derrière les visages des individus filmés sur leur lieu de travail et les paysages saisis de la fenêtre du train, affleurent des questionnements de nature politique sur les multiples mutations sociales inhérentes au développement du néolibéralisme. L’absence de volonté délibérément critique et didactique et l’originalité du point de vue qui évite d’emblée toute catégorisation, confère au travail une charge poétique puissante où la présence des personnes et des lieux, se substitue à une éventuelle discursivité.
Serge Lhermitte
né en 1970, vit et travaille à Saint-Ouen
La vie de château, 1999
photographies couleur, 120 x 170 cm

La série La vie de château réalisée par Serge Lhermitte constitue le support d’une réflexion sur les liens complexes unissant sphère professionnelle et sphère privée. Elle interroge les mutations sociales qui se dessinent dans notre société privée en matière d’emploi comme la suppression des heures supplémentaires engendrées par les mesures sur les 35 heures. Les individus photographiés sur leur lieu de travail dans une pose choisie par eux-mêmes voient leur image publique, sociale, faire irruption dans leur univers familial, en lieu et place des éléments de décoration qui s’y trouvaient (formats et emplacements identiques). Cette intrusion de la “posture sociale” dans le foyer constitue une fêlure dérangeante dans le cocon de l’univers domestique, lieu de compensation de l’absence de possibilité d’épanouissement propre au travail peu qualifié, autour duquel s’organise une certaine conception du bonheur, essentiellement basée sur l’accession à la propriété.
Régis Perray
né en 1970, vit et travaille à Nantes
Premier voyage près des blochaus de la dune du Pilat, 2001
polaroïd

Régis Perray présente d’une part une série de cinq photographies ainsi que des polaroïds documentant une action de désensablement d’un blockhaus, réalisée à proximité de la dune du Pilat. Par ailleurs, il expose également le film tourné lors de sa participation à une exposition collective au Confort Moderne, au cours de laquelle il avait utilisé le temps de l’exposition comme un temps de résidence, le projet consistant à déplacer trente tonnes de sable de salle en salle muni uniquement de deux seaux et d’une pelle. Par le décalage entre les moyens déployés et le résultat par définition éphémère de ses actions, l’artiste convoque la notion d’utilité du travail et par extension la vacuité de toute activité humaine.
Noëlle Pujol
née en 1972, vit et travaille à Paris
Baby-F, 1998-2000
série vidéo en 6 parties, durées variables.

Noëlle Pujol a rencontré Frédéric Bocquet, employé C.E.S. et compétiteur en baby-foot, dans l’établissement scolaire où elle travaillait en tant que surveillante d’externat. Le “double jeu” social de Frédéric l’a intéressé : sa position professionnelle en “re-situage” et sa qualité de compétiteur en baby-foot. Pour Frédéric Bocquet, ” le sportif est un capitaliste : il capitalise la richesse des savoirs dans différents domaines “, mais aussi, jouer au baby-foot c’est ” devenir une machine, un robot, un tueur.
Michel Séméniako
né en 1944, vit et travaille à Paris
Portraits négociés d’agents EDF, 1999

Montant puis démontant quatre fois sa cabine de prise de vue, le photographe Michel Séméniako s’est installé successivement près du barrage hydroélectrique de Serre-Ponçon, des centrales thermiques du Havre et de Vitry ou encore du service comptable d’Avignon. L’atelier ouvert, les agents ont été invités à l’investir pour y tirer leur autoportrait et y superposer une autre image : celle d’un objet représentatif de leur activité professionnelle. Ainsi est née l’exposition ” Identité/Activité ” faite du télescopage négocié, maîtrisé, assumé de visages et d’objets. (…) “Que découvre-t-on ? (…) qu’il y a une vie dans le travail, que ces électriciens incarnés expriment une humanité pleine et riche, une attention à leur action quotidienne, une part de rêve qui invalide les théories voulant qu’à ce jour le seul moment du “non-travail”, rejeton de la civilisation du Loisir roi, soit l’objet d’attention et de sollicitation intellectuelle“. Paul Ardenne, extrait de Identité/Activité. Portraits négociés d’agents EDF, de Michel Séméniako, publié par la Caisse centrale d’activités sociales du personnel des industries électriques et gazières, 1999.
Laurent Tixador
né en 1968, vit et travaille à Nantes
Quatre vidéos extraites de la série Aujourd’hui c’est (jeudi, vendredi, samedi, dimanche), 2000

Dans la série Aujourd’hui c’est … que l’on pourrait qualifier de chronique du désœuvrement, dans laquelle chaque jour de la semaine devient le cadre d’une situation fictionnelle rocambolesque. Les activités imaginaires auxquelles se livre l’artiste procèdent d’une réinvention du quotidien, faisant basculer les objets les plus familiers dans des scénarios épiques. Ainsi, qu’il s’agisse de la table de la cuisine transformée en bateau de fortune ou du réfrigérateur abritant comme par magie les personnages merveilleux du cirque de Moscou, l’artiste s’ingénie à grand renfort d’auto persuasion à métamorphoser la morne succession des jours de la semaine en autant d’aventures aussi absurdes que captivantes.