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OGM : un transfert d'information
OGM : un transfert d'information
Exposition du 14 octobre au 10 novembre 2000
Rencontres photographiques , en différents lieux dans la ville d'Orthez
Artistes invités : Mario de Ayguavives, Ludovic Burel, Larry Clark, Clegg & Gutmann, Timothy Mason, Laurent Montaron, Eric Nehr, Catherine Poncin, Bruno Serralongue et Rosemarie Trockel.
De la manipulation à la manipulation
Sur le plan des techniques, quand l’image construite et choisie par quelqu’un d’autre est devenue le principal rapport au monde qu’auparavant, il regardait par lui-même de chaque endroit où il pouvait aller, on n’ignore évidemment pas que l’image va supporter tout, parce qu’à l’intérieur d’une même image on peut juxtaposer sans contradiction n’importe quoi. Le flot des images emporte tout […]
Guy Debord, extrait de Commentaires sur la société du spectacle, Ed. Gallimard, Paris, 1992.
Originellement le terme “manipuler” appartient à l’univers de la science, prenant le sens de faire des expériences en laboratoire. Le projet “O.G.M.: un transfert d’information” s’inspire de ces expérimentations en établissant un parallèle entre le filtrage et la redistribution de l’information opérés par les mass médias et la substitution d’informations génétiques à l’œuvre dans la fabrication des Organismes Génétiquement Modifiés.
La “spectacularisation” de l’information stigmatisée par Guy Debord allant croissant parallèlement à la dictature du profit et par conséquent de l’audimat, le doute face à la véracité des images qui nous sont transmises à une cadence effrénée devient omniprésent.
“L’idéologie de l’immédiateté“ (1) engendre la distribution d’informations non vérifiées, filtrées par des agencements destinés à les rendre toujours plus alléchantes, plus sensationnelle. On retrouve ici la seconde acception du vocable “manipuler”, c’est-à-dire “arranger par des moyens occultes et douteux”. L’exposition aborde cette vaste question par le biais de l’image photographique. Elle tente d’interroger les différentes modalités selon lesquelles la photographie travaille les codes de fabrication et de circulation des flux d’informations produits notamment par les mass media. A travers les œuvres des artistes présentés et les réflexions qui les caractérisent, cette manifestation engage un travail de mise en vue des procédés du traitement de l’information, phénomène largement stigmatisé par les artistes contemporains depuis de nombreuses années déjà.
Historiquement, il est intéressant de constater que “faire croire que”, c‘est aussi l’apanage du monde de l’illusion et de la prestidigitation dont la “manipulation” est la caractéristique première. Daguerre avant d’être l’inventeur de la photographie était peintre et décorateur, expert en illusions optiques. Le rôle de preuve que l’on s’obstine à attribuer au médium photographique confine à l’absurdité.
Partant du constat que la notion de “vérité” de l’image accolée au médium photographique lors de son apparition est aussi invalide que celle de “mensonge” pour laquelle on l’incrimine aujourd’hui, l’exposition défend l’idée que l’indexation des procédés de construction et de diffusion de l’image, à l’œuvre dans les travaux des artistes présentés constitue le premier degré d’une position critique.
— Ronan le Régent / commissaire de l’exposition.
(1) cf. Pascal Beausse “Informations - enquête sur le réel et self médias” in “Pratiques contemporaines: l’art comme expérience” ouvrage collectif avec Paul Ardenne et Laurent Goumarre, Paris: éd. Dis Voir, 1999.