accueil » expositions » Ensemble I et II de David Brunel

Ensemble I et II de David Brunel

Ensemble I et II de David Brunel

Exposition du 11 au 25 juillet 2002

Vernissage le 10 juillet 2002 à partir de 18h30, en présence de l'artiste.

Il y a ce bâillement qui ouvre et donne. Il y a cette prairie inverse. Il y a ce réel qui revient à la même place. Ce n'est pas l'image qui crée la répétition, mais la répétition qui donne les images. Celle qui revient n'ajoute rien à l'image cependant elle saute par dessus elle-même et devient alors possible. Dans l'antre j'y suis jusqu'au retrait, là où se tient l'absence de toute représentation. Bernard Salignon

Les ensembles I et II, “Chevals” et “Façades“, sont le résultat d’un travail mené autour de la photographie et des questions qu’elle engendre. La problématique de fond est toujours restée proche de la puissance évocatrice de ce médium, cependant, la priorité n’a pas été seulement accordée au contenu iconographique, à l’image proprement dite, mais à une globalité, à l’intégralité du système monstratif (lieu compris bien entendu). La question de la perception est restée continuellement présente dans l’élaboration des “ensembles”. Qu’est-ce que je vois ? Comment je regarde ? Qu’est-ce qu’une image argentique ? Qu’est-ce que voir finalement ? Autant de questions effectivement abordées auxquelles “Chevals” et “Façades” tentent de répondre. Mais ils n’ont pas LA réponse. Pour la simple et bonne raison qu’il n’y a pas une mais une multitude de réponses et que celles-ci sont différentes pour chacun. Car, en fin de compte, c’est bien au regardeur qu’incombe ce jeu du regard et de la pensée.

Susan Sontag disait : “L’image photographique nous lance un défi : Voici la surface. A vous maintenant d’appliquer votre réflexion ou plutôt votre sensibilité, votre intuition, à trouver ce qu’il y a au-delà, ce que doit être la réalité, si c’est à cela qu’elle ressemble. Les photographies sont d’inépuisables incitations à déduire, à spéculer et à fantasmer“. La proposition, la mise à disposition est bien la suivante : regardez, voyez, pensez, allez où l’image et le dispositif vous mènent. Une œuvre n’est pas une solution mais une question. Tout ce qu’il a à voir est ce que vous voyez disait Stella (What you see is what you see), et il avait ô combien raison! S’il y a un au-delà de l’image il vous appartient.

Un des éléments du dispositif de mise en vue cherche à rapprocher le regardeur de ces questions fondamentales : la répétition. En effet, à force d’apparaître ces images cherchent à fondre, à disparaître pour ne laisser en évidence que le support seul. La lecture n’est plus de ce fait exclusive à l’image, l’oeil, continuellement sollicité par la similitude est invité à regarder ailleurs, autour, de sortir des cadres. Le mur se retrouve ainsi évoqué, questionné, nous ne voyons plus une série d’images identiques mais un ensemble de choses différentes, la lecture n’est plus bidimensionnelle mais tridimensionnelle, volumétrique. L’initiative visuelle ne doit pas être abandonnée aux images, il faut prendre impérativement la parole avant elles. Ce sont des sirènes qui nous amènent vers le lieu duquel elles émergent (le référent adhère comme l’écrit Barthes). La photographie se donne par une présence matérielle avant tout, mais cette dernière chuchote alors que dans le même temps l’image hurle sa présence fictive. D’une photographie, Diane Arbus écrivait : “plus elle vous en dit, moins vous en savez“. C’est peut-être pour cela qu’il faut couper la parole à l’image…

— David Brunel

Faire face, chercher dans l’oeuvre ce qui d’elle nous traverse et Nous amène là au bord de l’incompréhensible
Parce que le regard court toujours au-devant
L’espace déplié laisse libre l’accès à travers le voir l’in-vu
Il y a ce bâillement qui ouvre et donne
Il y a cette prairie inverse.
Il y a ce réel qui revient à la même place
Ce n’est pas l’image qui crée la répétition, mais la répétition qui donne les images.
Celle qui revient n’ajoute rien à l’image cependant elle saute par-dessus elle même et devient alors possible.
Dans l’antre j’y suis jusqu’au retrait, là où se tient l’absence de toute représentation.
L’air donne au regard le souffle des lointains
Se perdre en elle jusqu’au retour achevé
Nous ne voyons au travers de l’oeuvre que l’éternel retour dans son être en devenir à la fois dans le temps et dans l’espace.
La terre et le sol s’adonnent en jointure, d’elle parvient la scansion incessante de l’Un perdu
Des figures, celles que propose David Brunel, le monde s’approche dans la traversée des images, et nous restitue bien autre chose que de la photographie.
Il nous donne les impressions sensibles initiales, tout autant que le dénuement de toute œuvre véritable
Parce que la répétition ne dit pas la même chose mais la chose même, nous sommes contraints de revenir vers l’envoi, et à chaque moment garder et perdre,
Parce que la répétition du même divise et multiplie elle est paradoxale, nous
Sommes plongés dans l’écart minimal d’un clignotement insaisissable du réel
Jusqu’au point où le motif rejoint l’absurde.
Peut-être qu’il faut pouvoir se retourner pour voir de l’autre côté de la terre ce qui n’est pas tourné vers nous.
Puis marcher vers ce défaut des figures que les pas excèdent…

— Bernard Salignon

archives

galerie