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Intérieurs avec figures de Aurore Valade
Intérieurs avec figures de Aurore Valade
Exposition du 8 février au 22 mars 2008
Réalisée en partenariat avec Pollen (Monflanquin) et l'Office départemental d'action culturelle Lot-et-Garonne.
Vernissage jeudi 7 février 2008 à partir de 18h30, en présence de l'artiste.
Le jeu d’une théâtralité
Aurore Valade photographie des femmes figées dans un quotidien qui donne, au premier abord, l’impression d’être familier et donc voué à la perte et à la dispersion. Des scènes marquées par l’ordinaire dans ce qu’il a de plus proche : sur la table d’une salle de séjour une petite fille essaie une robe sous les regards additionnés de sa grand-mère et de sa mère, dans un débarras une femme lave son chien, dans une salle de bains une fille apprête les cheveux de sa mère, dans l’intimité d’une chambre ou d’un salon deux femmes partagent une attente, un silence ou un moment de fantaisie. Une couche de vernis appliquée sur des être et des choses pour les protéger des coups de canif de la banalité. Mais quelque chose intrigue. Ces situations, sont-elles vraies, sont-elles fausses ? Constituent-elles un mélange habile de réel et de fiction ? Ou bien évoluent-elles par degrés à peine perceptibles du certain à l’incertain ? Elles nous engagent sur une pente. Celle-ci commence par être douce mais devient vite de plus en plus glissante et on y est entraîné par des formes flottantes, des tensions, des ambivalences, des échappées et des déboîtements imprévisibles. (…)
Par un parti pris de mise en scène, Aurore Valade parvient à créer une véritable ambiance théâtrale. L’image est une scène, et comme toute scène, elle n’existe qu’à travers le spectacle qui y est présenté et pendant le temps de la représentation. Cette omniprésence théâtrale, qui ronge peu à peu les territoires de l’image, de la fiction et d’un dispositif complexe de voilement et de dévoilement, ne prétend pas donner une ouverture sur le monde. Bien au contraire : elle se propose comme un entassement (et il ne faut pas exclure qu’il puisse être ludique) de signe qui, se mobilisant comme des indices, renvoient d’une façon très énigmatique à un espace de vie, un moment, des personnages et des principes décoratifs.
Cette théâtralité nous dit qu’elle n’est pas là pour nous rassurer, susciter notre confiance mais pour aiguiser notre regard, notre réflexion sur ce que nous regardons et ce qui nous regarde ou nous ignore. Son illusion ne se substitue pas au réel, elle s’y superpose. Ce qui importe, ce n’est pas de tenir un discours sur le réel, sur ses faiblesses et ses ressources mais d’en privilégier un agencement qui nous interroge sur les conditions et les conséquences de son apparition.
— Didier Arnaudet
Extraits