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Joakim Eneroth
Joakim Eneroth
Exposition au Musée des Beaux-arts de Pau du 30 octobre au 5 décembre 2010.
Swedish Red
Vernissage vendredi 29 octobre à partir de 18H30.
La célébration du Jubilé Bernadotte offre à la ville de Pau l'occasion de célébrer, à travers la figure du Père fondateur de l’actuelle famille royale de Suède, les multiples visages de la Suède contemporaine. En témoignent les expositions de deux artistes suédois : Joakim Eneroth au Musée des Beaux-arts et Susanna Hesselberg (jusqu'au 5 décembre) au Musée Bernadotte. Ces expositions ont été conçues par Fabrice Richard, de la direction culture de la ville et de l'agglomération de Pau et Émilie Flory, directrice artistique d’image/imatge.
L’œuvre protéiforme de Joakim Eneroth est uni par le thème de la conscience que le photographe décline en fonction des différents sens qu’il peut prendre. Ainsi, la conscience immédiate du monde explorée à travers le journal intime photographique Without End qui a fait connaître l’artiste suédois ; la conscience politique de la série Testimony qui témoigne contre la torture ; la mauvaise conscience, enfin, qui habite sourdement les maisons «confortables et sûres» (comfortably secure selon le sous-titre des images) de l’ensemble Swedish Red.
La peinture hollandaise du Siècle d’or a fixé le portrait du bon bourgeois, jouissant en paix de richesses amassées en parfaite conformité avec ses principes et avec l’assurance de son bon droit. Les maisons nordiques représentées par Eneroth ne sont pas si éloignées de cet univers de marchands protestants où moralité rimait avec prospérité. Mais le monde globalisé qui est le nôtre, dans lequel l’information en continu nous oblige à ouvrir les yeux sur le reste de la planète tandis que règne suprême la crainte du terrorisme, donne une tout autre signification à la « sécurité » jadis affichée sereinement par les respectables Bataves. La sécurité que dépeint Eneroth est, en effet, devenue défensive.La Suède, pourtant, passe pour un modèle de société. Le célèbre système de protection sociale suédois continue, malgré de récents aménagements, de garantir équitablement le bien-être de la population. S’il y a lieu de s’en réjouir, on peut aussi, comme le fait Eneroth, être troublé de ce que la sécurité soit pour ses compatriotes « quasiment une religion. »*
Aussi, en choisissant de nous montrer les façades aveugles des maisons, Eneroth révèle la muraille invisible qui entoure le mode de vie suédois telle une forteresse d’autant plus efficace qu’elle est virtuelle.
Les maisons rouges font partie du folklore suédois. Sous l’œil implacablement ironique d’Eneroth, ces bâtiments coquets se transforment en monuments de kitsch. Leur caractère faussement pittoresque — ce sont toutes des constructions récentes — rappelle les pavillons de banlieue préfabriqués documentés par Dan Graham aux États-Unis dans les années 1960. Dans la Suède d’IKEA comme dans l’Amérique des sixties, l’histoire et la tradition deviennent des styles qui servent à vendre un faux-semblant de rêve. Aux maisons de type « Cape Cod » ou « ranch » peintes en «vert écume» ou «rouge colonial» des Homes for America de Graham répondent les habitations contemporaines suédoises, qui masquent leur banalité sous des couches de rouge de Falu, une peinture à base de cuivre extrait des mines du même nom, dont l’utilisation remonte au seizième siècle.
Fondamentale pour Eneroth, l’ironie s’applique également à la photographie elle-même. La frontalité insistante des images s’inscrit dans une tendance très marquée de la photographie contemporaine. Redevable moins de Walker Evans que d’Ed Ruscha, cette veine façon revival semble néanmoins être passée à côté de l’humour distancié de son maître. Eneroth reprend l’approche en vogue pour son compte, non pas pour la faire sienne mais pour travailler à la manière de. Héritage peut-être d’un milieu familial libertaire, ou bien détachement lié à sa pratique du bouddhisme, l’artiste, toujours insaisissable, change volontiers la forme de ses photographies à l’occasion de chaque nouvelle série.
— Larissa Dryansky
Paris, le 30 décembre 2007
* Entretien téléphonique avec Joakim Eneroth, 27 décembre 2007