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Summer Crossing de Laura Henno
Summer Crossing de Laura Henno
Exposition du 1er avril au 27 mai 2011
Conférence de l'artiste le mercredi 30 mars à 18h30 ; amphithéâtre de l'École supérieure d'art des Pyrénées à Pau
Vernissage jeudi 31 mars à partir de 19 heures en présence de l'artiste
Exposition réalisée par image/imatge en partenariat avec la galerie les filles du calvaire (Paris), Le Château d’eau (Toulouse), le CPIF (Pontault-Combault), le CRP (Douchy-les- mines), l’artothèque de Vitré, la galerie Le Lieu (Lorient), le Pavillon Vendôme (Clichy) et l’artothèque de la Roche-sur-Yon.
Tout contre, la terre
La fille, simplement vêtue, a les cheveux mouillés. L’heure est incertaine, sûrement le début du jour. La lumière, basse, projette le profil élancé des troncs sur une eau laiteuse. La terre est humide, seulement réchauffée par une trouée dans les feuillages ; argile malléable mêlée de branches et de brindilles, elle voudrait se mouvoir, se fondre avec le pull, devenir manteau pour envelopper la fille qui lui tourne le dos. Le regard est clair, deux yeux bleus indifférents aux fines mèches qui courent du front aux joues et se perdent dans le fouillis des taches de rousseur ; à leurs extrémités, des gouttes d’eau perlent. Cernés d’une paupière rouge, les yeux, peut-être, ont pleuré. (…)
La matérialité du monde, c’est aussi celle des corps. Parfois vu en plongée, tout contre la présence de la terre, le corps chez Laura Henno est littéralement pris dans le sol. Les pieds solidement plantés dans l’environnement terrestre. Au commencement de L’Enfance d’Ivan, film du réalisateur russe Andreï Tarkovski, le personnage d’Ivan s’étonne, insouciant, du vol léger d’un papillon, l’émerveillement du jeune garçon se traduit par une lévitation de son regard, il rie de voir le monde d’en haut, puis vite, retourne à la terre. À la vue large et embrassante succède le close-up claustrophobe. La caméra s’attarde longuement sur une terre asséchée, d’où sortent en désordre des racines, Ivan y enfonce son regard, désormais grave : son rêve est sur le point de se transformer en cauchemar et lui de se réveiller, dans un monde de fumées noires, de boue, de ruines et de cadavres car c’est bien dans ce monde qui se consume, que sont les racines d’Ivan. Et dans cette terre scarifiée en tous endroits, le corps grêle, éprouvé d’Ivan demeure intensément présent. Debout, toujours, comme cette forêt de bouleaux, motif récurrent du film. Comme cette soldate, qui, relevant un défi, parcourt en équilibre fragile, un tronc tombé à terre, dans un sens puis dans l’autre, sans faillir, toujours droite, comme aimantée par le sol. Tenir, sur le fil, malgré tout. C’est cette résistance des corps que l’on observe chez Laura Henno ; une fille campée dans un paysage à la Corot, avec tout le romantisme latent – et donc l’entropie rampante – qu’il peut contenir, et tout contre le brouillaminis des feuilles jaunes, la jeune fille arrimée, le corps et les traits du visage esquissant une torsion ; une autre, toute en minceur et en tension, agrippée aux manches de son pull, devant une aube de fin du monde, quelques veilleuses allumées dans le fond, presque semblables aux fusées de détresse qui strient la nuit noire de l’Enfance d’Ivan. Le corps est une matière vibrante, complexe ; un corps que le paysage a recueilli. (…)
— Raphaëlle Stopin
Extraits.
Texte intégral disponible dans Summer Crossing, Éditions Filigranes.